Le regard dâune sophrologue sur un outil en plein essor
Depuis quelque temps, les intelligences artificielles conversationnelles comme ChatGPT commencent Ă sâinviter dans le champ du bien-ĂȘtre mental comme dans tous les autres domaines.
On leur parle, elles répondent, souvent de façon pertinente;
Elles nous renseignent, nous donnent des recettes de cuisine, rĂ©digent nos courriers administratifs, dĂ©pannent notre ordinateur, diagnostiquent nos problĂšmes de santĂ© etc… leur capacitĂ© Ă nous assister dans chacune des tĂąches de notre quotidien laisse perplexe .
Dans le domaine de la santĂ© mentale elles Ă©coutent sans juger, proposent des exercices, suggĂšrent des rĂ©flexions. Parfois, elles semblent mĂȘme comprendre nos Ă©motions. Pourquoi alors ne pourraient-elles pas complĂštement remplacer un praticien ?
Sophrologue depuis plusieurs annĂ©es jâai moi-mĂȘme Ă©tĂ© intriguĂ©e. Jâai testĂ©. Jâai observĂ©.
Et je me suis posé cette question simple :
LâIA peut-elle vraiment nous accompagner vers un mieux-ĂȘtre mental durable ?
Et surtout : jusquâĂ quel point ? Peut-elle remplacer un thĂ©rapeute ?
Voici ce que jâai dĂ©couvert.
đ§ Ce que lâIA peut vraiment offrir
Soyons justes : certaines intelligences artificielles actuelles sont trĂšs bien conçues, notamment ChatGpt que j’utilise dans tout un tas de domaines et qui ma particuliĂšrement bluffĂ© quand j’ai testĂ© sa proposition de crĂ©er KaĂŻto, un coatch bien-ĂȘtre et santĂ© mentale. (Vous pouvez en effet lui demander de crĂ©er un ou plusieurs personnages avec une specialitĂ© que vous choisissez et une façon d’interagir et un vocabulaire personnalisĂ©.
Je crois que certaines IA peuvent soutenir concrĂštement des personnes en recherche urgente dâĂ©coute ou dâauto-rĂ©gulation Ă©motionnelle. Parmi les apports positifs que jâai pu identifier :
â 1. Une disponibilitĂ© constante, sans jugement
LâIA est toujours lĂ . Ă toute heure, sans fatigue, sans impatience. Cela peut procurer une forme de rĂ©confort, surtout dans les moments de solitude ou dâanxiĂ©tĂ© nocturne ou il peut parfois suffire de se sentir Ă©coutĂ© voir compris.
â 2. Des outils de recentrage et de relaxation
Certaines IA proposent, aprĂšs le moment d’Ă©coute, des exercices de respiration, de visualisation apaisante ou de pleine conscience adaptĂ©s. Bien utilisĂ©s, ces outils peuvent soulager dans l’urgence un trop-plein Ă©motionnel, voire rĂ©installer un sentiment de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure .
â 3. Un espace dâexpression libre
Pour ceux qui n’ont pas la possibilitĂ© ou qui nâosent pas encore franchir la porte dâun cabinet, Ă©crire ou parler Ă une IA peut ĂȘtre une premiĂšre Ă©tape pour oser formuler ce qui les habite. Mettre des mots sur ce que l’on ressent est la premiĂšre Ă©tape sur le chemin et les IA conversationnelles peuvent faciliter cette premiĂšre Ă©tape. Elle peuvent mĂȘme servir Ă prĂ©parer une rencontre ou un rendez-vous avec un thĂ©rapeute. On peut trĂšs bien lui demander « comment prĂ©senter les choses le jour de mon rendez-vous, comment exprimer ce que je ressent etc ».
â 4. Un soutien entre deux rendez-vous
Pour les personnes déjà accompagnées (en thérapie ou en sophrologie), une IA peut agir comme un fil de continuité, en rappelant des techniques vues en séance, ou en aidant à maintenir une dynamique de prise en charge.
Par exemple, dans le cadre d’une TCC (Therapie Cognitive et comportementale) L’IA peut nous accompagner pour rĂ©aliser les exercices quotidiens recommandĂ©s par le psychologue de façon ludique et interactive. il peut Ă©galement enregistrer notre progression puis gĂ©nĂ©rer un rĂ©capitulatif de la semaine ou du mois pour nous aider Ă suivre nos progrĂšs.
En ce qui concerne la sophrologie, l’IA peut nous aider Ă tenir le journal de nos phĂ©nodescriptions. (cahier dans lequel nous mettons des mots sur nos ressentis aprĂšs chaque pratique de sophrologie) C’est interessant car cet aspect de la pratique sophrologique passe malheureusement souvent Ă la trappe chez la plupart des gens alors qu’elle est essentielle.
â ïž Ce que lâIA ne peut pas (et ne pourra jamais) remplacer
Mais lâexpĂ©rience mâa aussi permis de constater les limites de ce type dâoutil.
Une IA, mĂȘme trĂšs bien entraĂźnĂ©e, nâest pas un ĂȘtre humain. Elle ne ressent pas, nâĂ©prouve pas, nâaccueille pas. Ce qui implique :
đ« 1. Aucune perception du non-verbal
Elle ne voit pas votre posture, ne perçoit pas votre souffle, ne capte pas ce petit tremblement dans votre voix. Or, en sophrologie comme en relation dâaide, ces Ă©lĂ©ments sont essentiels pour ajuster la sĂ©ance, pour sentir ce qui se joue au-delĂ des mots.
đ« 2. Pas dâintuition humaine
Une IA nâa pas de vĂ©cu, pas dâhistoire, pas de chair. Elle nâa pas cette mĂ©moire sensorielle qui fait quâun professionnel peut comprendre au-delĂ du discours, par rĂ©sonance, par silence, par simple prĂ©sence. Elle ne peut pas non plus d’adapter Ă votre rythme en cours de guidance ni veiller Ă ce que tout se passe bien pour vous pendant la sĂ©ance.
đ« 3. Un cadre flou, sans responsabilitĂ©
LâIA ne peut pas garantir une prise en charge Ă©thique ou dĂ©ontologique. Elle ne sait pas quand orienter vers un professionnel en cas de dĂ©tresse profonde. Elle ne pose pas de cadre thĂ©rapeutique clair.
đ« 4. Risques de confusion ou de projection
Dans les expĂ©riences relationnelles immersives, lâIA peut parfois crĂ©er une illusion de lien affectif profond, qui nourrit une forme de dĂ©pendance, surtout chez les personnes isolĂ©es ou fragiles. Et cela, aucun algorithme ne peut gĂ©rer avec discernement humain. C’est mĂȘme un drapeau rouge Ă surveiller de prĂšs, le risque de repli sur soi pour n’interagir qu’avec des IA me semble rĂ©el pour ces personnes.
đ€ Pourquoi voir un vrai thĂ©rapeute reste essentiel
La sophrologie, comme bien d’autre disciplines, repose sur la relation vivante, accueillante, incarnĂ©e.
Le regard, la présence, le silence bienveillant du praticien que vous rencontrez, cela ne se code pas.
En séance, nous ne faisons pas que guider des respirations ou des visualisations :
nous écoutons ce qui ne se dit pas,
nous accompagnons une histoire unique,
nous offrons un espace réel de transformation, avec des mots choisis, une voix posée, un cadre sécurisant, et nous veillons à ce que ce moment se passe le mieux possible.
đ± Et si on parlait dâalliance plutĂŽt que de substitution ?
Je ne crois pas que les IA doive ĂȘtre diabolisĂ©e. Je crois quâelles peuvent dans une certaine mesure complĂ©ter un parcours de mieux-ĂȘtre, en proposant :
- des petites bulles de calme,
- des rappels de techniques,
- un espace experimental ludique et adaptable aux besoins du moment
- ou des moments de dialogue intérieur utiles.
Mais elle ne remplace pas la présence,
le regard bienveillant,
le mot juste au bon moment.
âïž En conclusion
Lâintelligence artificielle peut ĂȘtre un outil trĂšs interessant quand elle est bien utilisĂ©e mais je reste persuadĂ©e que seule lâintelligence sensible de la relation humaine peut nous aider Ă nous transformer durablement.
Sophrologue, je reste convaincue que le soin du vivant passe par le vivant.
Et que si lâIA ouvre des portes, câest toujours pour mieux nous ramener Ă nous-mĂȘmes
